DEMARCHE ARTISTIQUE

 

L'empreinte symbolise à la fois l’idée de présence et d’absence, de souvenir et d’oubli, de passé et de présent. L’objet imprimant sa trace dépose avec elle un univers immatériel chargé de mémoire, créant ainsi du sens par son absence .

Engagée dans la valorisation du patrimoine culturel d’exception qu’est la dentelle faite main, je travaille à en transmettre l’histoire ainsi que celle de ses ouvrières.

Faisant sortir les dentelles des tiroirs dans lesquels elles sont cachées, j’immortalise les entrelacs de fils, ultime témoignage du geste de nos aïeules dentellières.

Ayant mis au point des techniques me permettant de prendre une empreinte sans détruire la pièce originale, je perpétue de façon artistique la transmission de cet art et réinscrivant le passé dans la modernité je transforme ce textile éphémère en empreinte pérenne.

N'utilisant ni moule ni machine, chaque empreinte est unique et capture le geste des dentellières, de leur assurance ou de leurs hésitations.

Une fois l’empreinte réalisée, j’entreprends la pigmentation des tableaux. Alors, débute un jeu, toujours très surprenant, de questions-réponses avec l’œuvre, qui décide souvent de prendre une direction que je n’avais pas envisagée au départ. A moi de la suivre et de me laisser guider…

Mon travail interroge le public sur l’irremplaçable intelligence de la main dont témoigne l’art dentellier, à l’heure où la disparition du travail manuel, supplanté par l’intelligence artificielle nous est présentée comme inéluctable.

Mes œuvres questionnent également l’exploitation de ces filles et de ces femmes, ouvrières sous-payées, maintenues isolées pour mieux en tirer partie. A ce titre, la dentelle, fabriquée dans la misère puis portée dans la lumière par les têtes couronnées, symbolise comme nul autre ouvrage les deux extrémités de l’échelle sociale.

 

Dentelle de Milan (Fuseaux - XVIIe siècle) et son empreinte


Textielkunstenares Marie Belgacem brengt hulde aan de kantwerksters van de voorbije eeuwen, kunstenaressen in de schaduw, hardwerkende vrouwen, nederig in de realisatie van hun meesterwerken.

Zij heeft een natuurlijke techniek ontwikkeld om het kantwerk te vereeuwigen zonder wijzigingen.

Na in de loop van de tijd een verzameling oude handgemaakte kanten samengesteld te hebben, wil zij dit uitzonderlijk erfgoed doen herleven in panelen van verschillende afmetingen, verwerkt als unieke stukken, zonder hulp van vormen en machines.

Vrij vertaald door Frank De Velder


Marie Belgacem is a visual artist whose current work is inspired by the traces and imprints left by objects.

‘An imprint signifies both presence and absence, remembering and forgetting, the past and the present. On leaving behind a trace or imprint, an object leaves behind its disembodied essence. Those physical marks of absence are suffused with reminiscence and emotion and the parted object acquires new meaning.’

Marie Belgacem’s artwork pays homage to the lace-makers and embroiderers of past centuries, those unsung craftswomen who toiled away in the background, humbly forging  masterpieces. 

She has developed a natural substance which can etch a lasting imprint of the original lacework without damaging it in any way.

Over the years, Marie Belgacem has collected many samples of handmade antique lace. Her intention is to reclaim this forgotten marvel of artistic heritage through unique pictures and objects using new variations on techniques involving imprints.


Elles en parlent si bien !

 

"De toutes les manifestations du génie inventif, aucune n’a jamais, comme la dentelle, pu s’élever au rang d’une grande manufacture qui mobilisa des milliers d’ouvrières et de marchands, suscitant la rivalité entre les états, alertant les économistes et les ministres, allant jusqu’à rompre, dans certains pays, l’équilibre des finances publiques, provoquant la fortune des entrepreneurs et la ruine de ceux qui, assoiffés de luxe «portaient leurs moulins et leurs terres sur les épaules»".  Marie Risselin conservateur aux musées royaux d’art de Bruxelles


 

Laisser une trace, laisser une empreinte en écho avec une indicible envie d’immortalité...Marie Belgacem travaille le thème depuis des années avec autant de constance et d’obstination que d’imagination.

L’originalité de sa démarche situe la créatrice à la croisée du monde de l’artisan d’art, de l’anthropologue, et du chercheur. Car si Marie Belgacem donne à voir du beau, l’acte n’est pas gratuit et traduit en hommages la modestie de ces aïeules dentellières qui savaient patiemment faire éclore des merveilles.

Décoratrice de formation, Marie Belgacem a un rapport alerte aux objets. Ils l’alimentent de ces histoires d’hier et d’avant qui donnent aux esprits curieux l’envie d’en savoir plus encore. Et les dentelles anciennes racontant les jeunes filles pauvres, les orphelines dans les ouvroirs, les paysannes réfugiées dans l’hiver, charrient tant d’émotions que l’intérêt se fait passion. Collectionneuse, spécialiste, voire dépositaire, héritière de tout ce savoir manuel, l’artiste, pour prolonger le souvenir choisit de le pérenniser. Par des choix graphiques historiques comme la rayure des uniformes des couturières ou des lavandières, la croix pour l’intime emprise de la religion sur le travail d’autrefois. Par envie d’esthétique et devoir de mémoire. La rayure alors se fait voie à suivre tandis que la croix symbolise l’urgence à préserver un fragile savoir-faire.

Parce que chaque morceau de dentelle est fait d’heures de labeur et de pleurs, Marie Belgacem invente des procédés d’empreintes qui n’abiment pas le modèle original, des procédés qui réinscrivent le passé dans la modernité. Avec respect.

Naissent alors des collections étonnantes, légères, féminines. Des séries de petits carrés, échantillons de talents,que Marie Belgacem choisit précisément au format de 23 cm parce que cela lui permet d’exprimer le motif–matrice de ses dentelles. Et qui se révèlent être, quelques lectures et découvertes plus tard, la mesure exacte de la bande de parchemin vert piqueté, autrefois employé comme guide pour la réalisation de tous les volants de dentelle. 

La passion ancrée dans la connaissance Marie Belgacem déploie toute sa sensibilité pour tendre un pont entre les générations, imaginer une perpétuité vitrifiée qui flatte la virtuosité modeste et l’opiniâtreté silencieuse. Avec culture et talent

Claudine Dufour-Meurisse


De la dentelle ancienne, elle a fait tout un art,

Embelli des noms Flandres, Alençon, Valenciennes...

Nourrie de ses enquêtes où sa passion la mène,

Toujours à la recherche d'un motif, d'une histoire,

Elle a creusé sans fin, du matin jusqu'au soir,

Les trésors du passé de cent bibliothèques...

L'histoire des dentellières, il fallait faire avec !

Inventer un domaine précieux et créatif

En des tableaux carrés et qui portent sa griffe...

Retenez bien son nom, c'est Marie Belgacem

Elle est de la dentelle, une artiste qu'on aime !

Corinne Binois - Auteure-illustratrice

Acrostiche en alexandrins à partir du mot dentellière